C'est le diesel qui va faire remonter les taux : la Fed à 91 % d'une hausse le 16 septembre, le bitcoin sous 77 000 $

En résumé : Le Bureau of Labor Statistics a publié vendredi 11 septembre le CPI d'août : +0,4 % sur le mois et 3,4 % sur un an, conformément au consensus, mais un cœur de l'inflation (« core CPI ») en hausse de 0,3 % sur le mois contre 0,2 % attendus — la plus forte progression depuis avril, soit un rythme annualisé proche de 3,5 %. Conséquence immédiate : les contrats à terme attribuent désormais environ 91 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed le 16 septembre, contre 72 % la veille et 56 % le 8 septembre. Le rendement du Trésor à 30 ans a touché 5,35 %, son plus haut depuis dix-neuf ans, alors que l'OAT française à dix ans évolue au plus haut depuis 2007-2009. Le bitcoin a plongé à 76 050 $ en dix minutes avant de se reprendre vers 77 300 $, après trois séances consécutives de sorties sur les ETF américains. Données indicatives, pas un conseil d'investissement.

Le chiffre est tombé à 14 h 30, heure de Paris. À 14 h 20, le bitcoin valait encore autour de 77 100 dollars. Dix minutes plus tard, il cotait 76 050 $. Une demi-heure plus tard, il était revenu vers 77 300 $. Entre les deux, le Bureau of Labor Statistics avait publié l’indice des prix à la consommation américain du mois d’août — et le marché obligataire avait tranché à la place du marché crypto.

Sur le papier, pourtant, le rapport n’a rien d’un accident : l’indice global progresse de 0,4 % sur le mois et de 3,4 % sur douze mois, exactement comme en juillet et exactement comme l’attendaient les économistes. Plusieurs médias ont titré sur une inflation « conforme ». Ce n’est pas là que le bât blesse.

Le détail qui a fait basculer la séance

Hors alimentation et énergie, l’indice a progressé de 0,3 % sur le mois, contre 0,2 % attendu par les économistes interrogés par Reuters : c’est la plus forte hausse mensuelle depuis avril, et elle porte le rythme annualisé du cœur de l’inflation à environ 3,5 %, très loin de l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale. Sur douze mois, l’inflation sous-jacente ralentit bien, à 2,4 % contre 2,5 % en juillet — le seul chiffre qui allait dans le bon sens. Mais les services hors énergie restent à 3 % sur un an, les loyers (« shelter ») ont encore pris 0,3 % sur le mois, et les tarifs aériens ont bondi de 2,7 %, sous l’effet du kérosène.

C’est donc une photographie contradictoire que la Fed recevra à cinq jours de sa réunion : une tendance annuelle qui s’assagit, une pression mensuelle qui remonte. Le marché a choisi son camp en trente minutes.

Le diesel, l’essence et le kérosène ont voté

Le détail du rapport désigne un coupable unique : l’énergie. Les prix de l’énergie ont progressé de 2,1 % sur le mois, après une baisse de 1,5 % en juillet, l’essence prenant à elle seule 3,9 % — soit plus du tiers de la hausse mensuelle de l’indice global. Sur douze mois, l’énergie grimpe de 16,3 % et l’essence de 27,4 %.

Cette accélération s’inscrit dans une séquence plus large. L’indice des prix à la production publié jeudi ressortait à +5,4 % sur un an (contre 4,8 % en juillet), avec un diesel en hausse de 24,1 % sur un an — le carburant de toute la logistique européenne. Le Brent s’échangeait vendredi au-dessus de 107 dollars le baril, en hausse de plus de 6 % sur la journée et de plus de 10 % sur la semaine, le WTI franchissant les 101 dollars, une première depuis près de quatre mois.

Un correctif de calendrier s’impose : le CPI d’août mesure les prix d’août. Le franchissement des 100 dollars par le baril les 8 et 9 septembre, dans le sillage de la reprise des frappes entre Washington et Téhéran et de l’extension des représailles iraniennes au-delà du détroit d’Ormuz, n’y figure pas encore. La transmission du choc pétrolier apparaîtra dans les relevés d’octobre et de novembre — pas dans celui-ci. Autrement dit, la Fed n’a pas fini d’avoir ce dossier sur la table.

91 % : la hausse du 16 septembre est presque actée

Avant la publication, les contrats à terme attribuaient environ 72 % de probabilité à une hausse d’un quart de point le 16 septembre, contre 56 % le 8 septembre et près d’une chance sur deux quinze jours plus tôt. Après 14 h 30, l’outil FedWatch du CME affichait 91 % selon Reuters, contre quelque 72 % la veille. CNBC évoquait de son côté « près de 90 % ». Nationwide a suivi en annonçant s’attendre désormais à une hausse.

Le taux directeur américain est bloqué dans la fourchette de 3,50 % à 3,75 % depuis le début de l’année 2026. Il n’a pas bougé une seule fois en huit mois — et la séquence Warsh, du nom du président de la Fed qui a durci le ton dès Jackson Hole fin août, a fait basculer un débat qui portait encore, il y a quelques semaines, sur la vitesse des baisses. C’est désormais la probabilité d’un tour de vis qui est cotée à neuf sur dix.

Pour un investisseur crypto, le mécanisme est brutalement simple : une hausse des taux courts renchérit la détention d’un actif qui ne produit aucun rendement. Le dollar se raffermit, l’indice dollar évolue autour de 99, l’or a reflué vers 4 330 dollars l’once et le S&P 500 a enchaîné une quatrième séance de baisse.

Le signal que le marché regarde vraiment est à trente ans

Il y a pourtant, dans cette séance, un chiffre plus important que le CPI — et il ne concerne pas la Fed. Le rendement du Trésor américain à 30 ans a touché 5,35 %, son plus haut depuis dix-neuf ans. Le dix ans évolue autour de 4,83 % à 4,85 %, au plus haut depuis novembre 2023, et le deux ans a franchi 4,5 %. Ce n’est plus seulement le loyer de l’argent au jour le jour qui se tend : c’est la prime exigée pour prêter à long terme à un État qui finance un déficit fédéral attendu autour de 2 100 milliards de dollars en 2026.

Le détail qui a mis le feu : le Trésor américain a annoncé le 9 septembre porter à 6 milliards de dollars son programme de rachats de titres longs — le triple du montant initial, mais en dessous des 7 à 8 milliards qu’attendait le marché. Une déception, et les taux longs ont pris six points de base dans la foulée.

Ce transfert compte plus que tout pour un lecteur européen, parce qu’il se produisait des deux côtés de l’Atlantique. L’OAT française à dix ans évoluait vendredi autour de 4,42 %, un plus haut depuis la crise de 2007-2009. Une banque centrale qui resserre pendant qu’un Trésor tente de soutenir la liquidité : les deux signaux tirent en sens opposé, et c’est la dette longue qui arbitre — pour l’immobilier, le crédit aux entreprises et, mécaniquement, la valorisation de tous les actifs risqués.

L’Europe a resserré la veille

La séance s’inscrit aussi dans la suite directe de la décision de la Banque centrale européenne. Le 10 septembre, la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, portant le taux de dépôt à 2,50 % et le taux de refinancement à 2,65 %, une deuxième hausse en 2026, justifiée par une inflation de la zone euro remontée à 3,3 % et une composante énergétique à +14,3 % sur un an selon Eurostat. Francfort et Washington resserrent donc la même semaine, pour la même raison, dans deux économies dont l’une importe son énergie.

Bitcoin : 562 millions de liquidations et trois séances de sorties d’ETF

Le marché crypto a payé la facture avant même le CPI. Sur les vingt-quatre heures entourant la publication du PPI, les plateformes de dérivés ont liquidé environ 562 millions de dollars de positions, dont près de 484 millions de paris haussiers, selon les données compilées par CoinGlass. Le bitcoin a terminé jeudi sur une baisse de 2,22 %, sa pire séance depuis le 28 août, et affiche un recul d’environ 5 % sur la semaine.

La demande institutionnelle, elle, s’est mise en retrait. Jeudi, les douze ETF bitcoin américains ont enregistré 282,6 millions de dollars de sorties nettes — leur pire séance depuis le 13 juillet, la troisième d’affilée. L’ARKB d’ARK Invest et 21Shares a concentré la douleur avec 164,3 millions de dollars de retraits, l’une de ses pires journées depuis son lancement début 2024 ; l’IBIT de BlackRock a cédé 24,5 millions et le FBTC de Fidelity 33,6 millions. Sur la semaine, plus de 449 millions de dollars ont quitté ces produits, même si le solde du mois de septembre reste positif d’environ 320 millions. À noter la dispersion : les fonds XRP ont attiré 5,1 millions sur la même séance, les fonds Solana sont restés stables et les fonds Ethereum n’ont perdu que 29,9 millions — la décollecte vise d’abord le bitcoin.

Techniquement, la zone des 76 500 à 77 000 dollars reste la ligne de front, avec pour repère supérieur les 78 500 puis les 80 000 dollars. Les marchés de prédiction donnent environ 98 % de chances à un bitcoin au-dessus de 76 000 dollars samedi, ce qui en dit long sur la contraction du suspense : le marché n’anticipe plus un accident, il anticipe une tenue. Ce vendredi expirent par ailleurs 2,23 milliards de dollars d’options bitcoin sur Deribit, avec un « max pain » à 78 000 dollars et un ratio put/call de 0,61 — les vendeurs d’options restent majoritairement positionnés à la hausse.

Trois rendez-vous, une seule question

La semaine qui vient sera dense. Mardi 15 septembre à 14 h 15 heure de Washington (20 h 15 à Paris), le Sénat vote la motion de clôture du CLARITY Act (H.R. 3633) : 60 voix sont requises, et les marchés de prédiction ne donnent plus que 13 à 18 % de chances à une promulgation du texte en 2026. Mercredi 16, la Fed rend sa décision à 20 h heure de Paris, avec une hausse désormais largement intégrée. En arrière-plan, les discussions sur le détroit d’Ormuz décideront si le choc énergétique reste un épisode ou devient un régime.

La question qui compte pour les portefeuilles n’est donc pas de savoir si la Fed relève ses taux mercredi — elle est presque actée. C’est de savoir où s’arrête la tension sur la dette longue. Si le 30 ans américain continue de monter vers 5,50 %, aucun chiffre d’inflation conforme ne suffira à rassurer des actifs qui ne rapportent rien. Et c’est le baril, plus que le Sénat, qui décidera de la suite.

Données indicatives, pas un conseil d’investissement. Sources : Bureau of Labor Statistics, Reuters, CNBC, Eurostat, CME FedWatch, SoSoValue, CoinGlass, Deribit, AFP.