CLARITY Act : « le prochain FTX ne ruinera plus personne », promet Lummis — J-9 avant le vote qui décide de tout

En résumé : Samedi 5 septembre, la sénatrice Cynthia Lummis a fait de la protection des clients l'argument public numéro un du CLARITY Act : dépositaires qualifiés et fonds des clients séparés, pour que « le prochain effondrement » d'une plateforme n'efface plus les épargnants. Le message tombe à neuf jours du vote de procédure du 15 septembre au Sénat — et au moment où la Chambre, qui part en campagne le 17, laisse au texte une fenêtre de 48 heures pour espérer devenir loi avant les midterms du 3 novembre. Les marchés de prédiction ne donnent plus qu'environ 18 % de chances à une promulgation en 2026, contre plus de 80 % en février. Données indicatives, pas un conseil d'investissement.

« Le prochain FTX ne ruinera plus personne »

« Les exchanges ont fait faillite sans règles de garde et sans conséquences quand ils ont laissé tomber les gens. Le CLARITY Act exige des dépositaires qualifiés et des fonds clients séparés, pour que le prochain effondrement n’efface pas ceux qui ont fait confiance à la plateforme. » Dans un message publié samedi 5 septembre sur X, Cynthia Lummis, sénatrice républicaine du Wyoming et l’une des voix les plus pro-crypto de Washington, a choisi l’angle de la protection des consommateurs pour vendre le texte que l’industrie attend depuis des années — le Digital Asset Market Clarity Act (H.R. 3633), adopté par la Chambre en juillet 2025 (294 voix contre 134, dont 78 démocrates) et approuvé en commission bancaire du Sénat par 15 voix contre 9 en mai 2026.

Le clin d’œil à FTX n’a rien d’anecdotique : l’effondrement de novembre 2022, où les dépôts des clients avaient été mélangés aux actifs propres de la plateforme et prêtés à Alameda Research, est la raison d’être politique du texte. Lummis, qui siège à la commission bancaire, répète depuis des mois que des règles de garde strictes auraient réduit les risques ayant mené à la chute de l’empire de Sam Bankman-Fried. Sa sortie de samedi prolonge ce raisonnement : sur le terrain de la custodie, le consensus existe. Ce n’est pas là que le CLARITY Act se jouera — mais c’est l’argument que les républicains choisissent de mettre en avant à neuf jours de l’échéance.

Neuf jours, deux chambres, une fenêtre de 48 heures

Car le calendrier, lui, ne fait de cadeau à personne. Le Sénat revient de sa pause d’août lundi 14 septembre. Dès mardi 15 septembre à 14 h 15, heure de Washington, la motion de procédure déposée par le chef de la majorité John Thune avant la pause arrive à maturité : il s’agit d’un vote de clôture (cloture) sur la motion de procédure, qui exige 60 voix pour ouvrir le débat de fond. Les républicains disposent de 53 sièges ; avec Rand Paul et Josh Hawley annoncés contre et Thom Tillis conditionnel, il faut en pratique le ralliement de 10 à 11 démocrates. Tim Scott, le président de la commission bancaire, promet 12 à 18 voix démocrates — mais la pause d’août n’a produit aucun accord annoncé, et rien ne permet publiquement d’étayer cette fourchette.

Le vrai nouveau problème est venu de l’autre chambre. La direction républicaine de la Chambre a annulé les semaines de vote du 21 et du 28 septembre, soit huit journées législatives supprimées : les représentants ne siègent que quatre jours, du 14 au 17 septembre, avant de repartir en campagne jusqu’après les midterms du 3 novembre. Or le texte du Sénat n’est pas identique à celui voté par la Chambre en 2025 — il diffère sur l’éthique, la lutte anti-blanchiment et les stablecoins. Si les sénateurs l’amendent, comme tout le monde s’y attend, un aller-retour entre les deux chambres sera nécessaire, avec un nouveau vote des représentants. Une Chambre absente ne peut pas voter : la fenêtre utile se réduit donc à deux journées — les 15 et 16 septembre, le 17 servant au départ. Passé ce délai, le texte glisserait vers la session « canard boiteux » post-élections, où une ou deux chambres pourraient avoir changé de main. Alex Thorn, directeur de la recherche chez Galaxy, résume : il est « extrêmement peu probable » que le CLARITY Act passe avant les midterms.

Trois blocages, zéro accord pendant la pause

Le vote du 15 septembre est d’autant plus incertain que rien n’a été réglé pendant l’été sur les trois sujets qui fâchent. D’abord l’éthique : la clause anti-conflit d’intérêts visant les hauts responsables et leurs conjoints — l’équipe de la sénatrice Elizabeth Warren la juge « criblée de lacunes majeures », l’application étant confiée au procureur général par intérim Todd Blanche, proche de Donald Trump, avec une extinction automatique le 20 janvier 2029, jour de la fin du mandat présidentiel. Ensuite, l’article 604, qui protège les développeurs de logiciels non-dépositaires des obligations d’enregistrement et de la loi bancaire : Chris Van Hollen, Chris Murphy et Jeff Merkley conditionnent leur soutien à un durcissement. Enfin, la question des intérêts sur les soldes de stablecoins, qui oppose les banques, soucieuses de leur base de dépôts, aux exchanges. Seule évolution de la semaine : l’association nationale des shérifs, qui s’inquiétait des exemptions anti-blanchiment, est passée de l’opposition à la neutralité le 3 septembre, et le PDG de Ripple, Brad Garlinghouse, a appelé les élus à « finir le travail ».

De Varsovie à Washington, la même promesse — et les mêmes limites

Pour un lecteur européen, la promesse de Lummis a un air de déjà-vu : MiCA, en vigueur dans l’Union depuis le 30 décembre 2024, impose déjà aux prestataires agréés de conserver les crypto-actifs des clients séparés des leurs et d’organiser leur protection (article 75 du règlement). L’affaire Zondacrypto, que nous relations vendredi, montre pourtant ce que le papier ne peut pas garantir : la trésorerie de l’ex-exchange polonais — environ 4 500 BTC — n’était pas un dépôt de clients séquestré, mais un actif d’entreprise dont les clés étaient détenues par un seul homme, porté disparu depuis 2022. Une règle de séparation des fonds n’empêche pas un point de défaillance unique. À Washington comme à Bruxelles, la vraie question n’est pas tant la promesse que l’exécution : le CLARITY Act confierait la supervision des plateformes entre SEC et CFTC, quand l’Europe s’appuie sur les autorités nationales sous l’égide de l’ESMA — avec, dans les deux cas, des trous dans la raquette.

L’enjeu pour l’Europe dépasse la technique. Si le texte américain échoue jusqu’en 2029, les États-Unis resteront avec le plan B réglementaire de la SEC — la proposition « Regulation Crypto Assets » d’août 2026, quatre cents pages de règles que l’agence suivante pourra défaire — pendant que l’Union aligne le seul corpus complet en vigueur. Mais l’inverse est tout aussi vrai : une adoption américaine, même tardive, redonnerait à New York l’avantage dans la course mondiale à l’attractivité, et les 189 millions de dollars déjà dépensés par l’industrie crypto dans les midterms 2026 disent à quel point le calendrier est devenu une variable de marché.

Un marché qui hausse les épaules

Pour l’instant, Bitcoin digère tout cela sans broncher : le cours évolue ce week-end autour de 79 800 à 80 000 $, à peine perturbé par le naufrage calendaire, les traders ayant appris cette année à distinguer le bruit de Washington des vrais catalyseurs — le CPI d’août, publié jeudi 11 septembre, et la décision de la Fed le 16, 24 heures après le vote de procédure, alors que les solides chiffres de l’emploi de vendredi (+162 000 en août, chômage stable à 4,1 %) ont ramené la probabilité d’un tour de vis à environ 60 %. Les ETF bitcoin au comptant, eux, ont absorbé plus de 900 millions de dollars sur les seules journées de mercredi et jeudi (dont 571 millions pour BlackRock), portant leurs actifs au-delà de 100 milliards. Les marchés de prédiction, indicateurs toujours à manier avec précaution, esquissent un scénario de consolidation haute : environ 99 % de chances d’un bitcoin au-dessus de 74 000 $ lundi, 40 % seulement au-dessus de 80 000 $, mais plus de 98 % au-dessus de 72 000 $ le 12 septembre. Pas d’effondrement en vue — et pas non plus de décollage avant les chiffres.

Ce qu’il faut surveiller : le CPI jeudi 11 septembre, le vote de clôture mardi 15 septembre à 14 h 15 (heure de Washington), la décision de la Fed mercredi 16 et le départ de la Chambre le 17. Si la cloture échoue, le CLARITY Act sera probablement mort jusqu’en 2029. Si elle passe, tout restera à faire — en 48 heures.