CLARITY Act : Galaxy Digital abaisse les chances d'adoption à 10 %, le Sénat face à une fenêtre de trois semaines

En résumé : Galaxy Digital a réduit à 10 % sa probabilité d'adoption du CLARITY Act en 2026, contre 50 % fin juin. Motif : des désaccords politiques non résolus — règles d'éthique pour les responsables publics détenant des crypto, rendement des stablecoins contesté par les banques — et un calendrier sénatorial resserré à deux ou trois semaines après la reprise du 14 septembre. Le marché, lui, n'attend plus grand-chose : le bitcoin se maintient autour de 63 000 $, et les ETF continuent d'absorber des centaines de millions par semaine. Données indicatives, pas un conseil d'investissement.

C’est une nouvelle pièce au dossier du feuilleton législatif le plus suivi de la crypto américaine. Vendredi 14 août, Alex Thorn, directeur de la recherche du groupe Galaxy Digital, a publié sur X la nouvelle estimation de sa firme : le CLARITY Act (H.R. 3633) n’a plus que 10 % de chances d’être promulgué en 2026, contre 50 % au 26 juin. Le Sénat est en pause jusqu’au 14 septembre, et c’est précisément ce calendrier — plus que le fond du texte — qui inquiète les observateurs. Décryptage, pour un lecteur européen qui suit ces débats de l’extérieur mais en subira les conséquences.

La chute d’une probabilité : 75 %, puis 60, 50, et maintenant 10

La trajectoire de l’estimation de Galaxy est un thermomètre à elle seule. Le 22 mai, la firme de Mike Novogratz évaluait les chances du texte à 75 %. Le 6 juin, après le passage du texte en commission bancaire du Sénat et les premières passes d’armes, elle les ramenait à 60 %. Le 26 juin, nouveau coup de rabot : 50 %, dans un contexte de pression croissante des banques et des démocrates. Vendredi, c’est la chute brutale : 10 %.

Pourquoi un tel décrochage ? Selon Alex Thorn, cité par Cointelegraph, deux familles de problèmes restent ouvertes. D’abord, des questions d’éthique autour de la participation de responsables publics (élus et fonctionnaires) aux marchés de crypto — un sujet devenu électriquement sensible à Washington depuis l’été 2025. Ensuite, et c’est le cœur du bras de fer, la possibilité pour les émetteurs de stablecoins de verser des rendements aux détenteurs : le secteur bancaire traditionnel, soutenu par une partie des démocrates, continue de s’y opposer frontalement. Ces deux sujets, rappelle Galaxy, « ne seront pas réglés en quelques jours ».

Le vrai problème : le calendrier sénatorial de septembre

Le fond du texte n’est pas le seul obstacle — le temps manque surtout. Le Sénat reprend ses travaux le 14 septembre. Or, entre cette date et la fin de session, la fenêtre utile est de deux à trois semaines, explique Galaxy. Pour que le CLARITY Act passe, il faudrait qu’une motion de procédure (motion to proceed) soit déposée dès le premier jour de retour, puis que le texte « domine pratiquement toute la session de travail » — c’est-à-dire que l’agenda sénatorial lui soit entièrement dédié, enchaînant cloture, débat et vote final.

La mécanique parlementaire américaine est impitoyable : sans accord bipartisan sur le calendrier, un seul sénateur peut bloquer des semaines entières. Et septembre est un mois chargé : la fin de l’exercice fiscal américain, le 30 septembre, impose au Congrès de traiter les textes budgétaires et une éventuelle résolution continue de financement — un dossier qui accapare traditionnellement tout l’oxygène du Sénat. Ajoutez à cela la campagne pour les élections de mi-mandat de novembre, et l’on comprend pourquoi les marchés de prédiction, qui donnaient déjà le texte perdant à 13,5 % début août, ont intégré depuis longtemps le scénario d’un report.

Ce que cela change pour l’industrie — et pour l’Europe

Un échec ou un report sine die du CLARITY Act ne serait pas qu’un épisode de plus d’un feuilleton washingtonien. Concrètement, cela maintiendrait l’industrie américaine dans le flou réglementaire actuel : les exchanges et émetteurs de stablecoins continueraient de naviguer entre les positions de la SEC, de la CFTC et la mosaïque des lois d’États — la Californie et New York ayant chacune leur propre régime. Les émetteurs de stablecoins, eux, verraient s’éloigner le rêve d’un cadre fédéral unique autorisant clairement les rendements.

Pour l’Europe, l’enjeu est double. D’une part, l’adoption du texte aurait exposé les acteurs européens à une concurrence frontale des émetteurs américains sur le terrain des stablecoins rémunérés. D’autre part, son blocage conforte le règlement MiCA comme le référentiel mondial le plus avancé : l’Union européenne dispose déjà d’un cadre complet pour les émetteurs de stablecoins, entré en application pour les exchanges en 2025. Si Washington s’enlise, les institutions qui cherchent de la clarté réglementaire regarderont de plus en plus vers l’Europe — un paradoxe que les dirigeants d’exchanges américains ne manquent pas de souligner dans leurs déclarations publiques.

Le marché ne s’affole pas : 63 000 $ et des ETF qui engrangent

Fait notable : cette dégradation brutale des pronostics n’a pas ébranlé le marché. Le bitcoin se négocie autour de 63 000 $ ce samedi 15 août, l’ether autour de 1 885 $, et les ETF spot américains continuent d’absorber des flux importants : 853,5 millions de dollars sur la seule semaine du 3 au 9 août, dont la majeure partie pour l’IBIT de BlackRock. Deux lectures sont possibles. La première : le marché a déjà intégré le report, la promulgation en 2026 n’étant plus qu’une option parmi d’autres. La seconde : les flux institutionnels répondent à une logique de long terme — allocation, diversification, détention — largement décorrélée des aléas du calendrier parlementaire.

Reste que le dossier n’est pas clos : John Thune, le leader de la majorité, a promis de « s’en occuper dès le retour », et une motion de procédure a déjà été déposée avant la pause. L’industrie, elle, n’a pas désarmé : plus de 200 entreprises et organisations avaient signé début juin une lettre ouverte demandant un vote rapide. Le scénario central des analystes est désormais un report à la session de lame duck (novembre-décembre), voire à 2027 — avec, dans tous les cas, une campagne électorale qui rendra le sujet encore plus politique. D’ici là, chaque déclaration de Tim Scott, Cynthia Lummis ou de la Maison Blanche sera scrutée : c’est ce qui décidera si le texte peut encore être arraché dans les trois semaines de septembre.


⚠️ Article informatif et éducatif — ne constitue pas un conseil en investissement. Les probabilités citées (Galaxy Digital, marchés de prédiction) sont des estimations subjectives, pas des certitudes. Les informations reflètent l'état des négociations et des marchés au 15 août 2026 et peuvent évoluer rapidement. Sources : Cointelegraph (Alex Thorn, Galaxy Research, 14 août), dépôts et déclarations publiques (John Thune, Stand With Crypto), données de prix CoinGecko, données de flux ETF rapportées par CoinDesk.