Bitcoin repasse au-dessus de 80 000 $ : Trump envisage de déclarer la guerre avec l'Iran terminée

En résumé : Deux jours après être retombé sous 76 500 $ dans le sillage du choc Iran-pétrole et du krach obligataire mondial, le bitcoin a brutalement inversé la vapeur et repasse au-dessus de 80 000 $ (+4,9 % sur 24 h). Déclencheur : une information du Wall Street Journal selon laquelle Donald Trump envisage de déclarer la guerre avec l'Iran « terminée ». Le pétrole reflue légèrement, les probabilités de hausse de taux de la Fed le 16 septembre retombent autour de 62 % (contre environ 67 % mercredi), et les ETF bitcoin ont renoué avec les entrées. Les marchés de prédiction, qui jugeaient hier un retour au-dessus de 78 000 $ improbable cette semaine, donnent désormais 94,5 % de chances à un bitcoin au-dessus de 78 000 $ jeudi. Données indicatives, pas un conseil d'investissement.

Il aura fallu moins de 48 heures pour que le récit bascule une deuxième fois. Mercredi matin encore, le bitcoin retombait sous 76 500 $, pris dans la reprise des frappes américaines sur l’Iran — le Brent au-delà de 93 $ — et une déroute obligataire mondiale qui portait le rendement du Treasury à 10 ans vers 4,80 %. Ce jeudi, en fin de journée européenne, le BTC s’échange autour de 80 900 $ (CoinGecko, Binance), en hausse de près de 5 % sur 24 heures, après être descendu jusqu’à 76 297 $ en matinée asiatique. La totalité du repli de début septembre est effacée. Ethereum suit à environ 2 490 $ (+4,5 %), XRP menant la danse parmi les grandes capitalisations avec près de +4,5 % sur la journée selon CoinDesk.

Le signal de Washington : « déclarer la guerre finie »

Le catalyseur du jour est politique, et il vient du Wall Street Journal, dont la fuite est reprise par CoinGape : Donald Trump discuterait en privé avec ses conseillers de la possibilité de déclarer formellement la guerre avec l’Iran terminée, une idée qu’il aurait dit favoriser. Selon le quotidien, le président américain estime que la pression économique finira par avoir raison de Téhéran et veut tourner son attention vers les élections de mi-mandat de novembre. Les marchés ont immédiatement lu le signal comme un mouvement de désescalade : le pétrole, qui avait flambé après les frappes du week-end, refluait jeudi, le WTI s’échangeant sous 91 $ le baril et le Brent autour de 95 $.

Le tableau est toutefois plus nuancé que le titre ne le laisse croire. Dans la nuit, les forces iraniennes ont revendiqué des frappes contre des bases américaines dans plusieurs pays, sans réponse américaine immédiate — un fait que les observateurs relient à l’inquiétude de la Maison Blanche face à la flambée du pétrole et à des stocks d’intercepteurs décrits comme très bas. Autrement dit : la guerre n’est pas finie, mais Washington donne des signaux clairs qu’il veut en sortir, et c’est ce changement d’anticipation que le marché achète. Pour un actif comme le bitcoin, dont le sort ces dernières semaines a été scellé par la politique monétaire plus que par la géopolitique, l’enjeu est indirect mais décisif : une détente sur le front pétrolier allège la pression inflationniste, et donc la pression sur la Fed.

La Fed, l’autre variable : les paris de hausse refluent

Car c’est bien la banque centrale américaine qui pilote le cours. Depuis le discours très hawkish de Kevin Warsh à Jackson Hole le 28 août — PCE à 3,7 % sur un an, 4,1 % en rythme annualisé sur six mois, « priorité aux prix » —, les marchés monétaires ont intégré un scénario de hausse de taux d’un quart de point le 16 septembre : la probabilité implicite (CME FedWatch) est passée d’environ 35 % avant le discours à 64-66 % en début de semaine. Mercredi, elle culminait autour de 67 %. Elle est redescendue jeudi à environ 62 %, sous l’effet combiné du signal iranien et des propos de John Williams, le président de la Fed de New York, qui a vu dans les dernières données une tendance désinflationniste de nature à apaiser les craintes de resserrement.

Deux forces s’opposent donc. D’un côté, le marché de l’emploi mollit : les créations de juillet ont été révisées en baisse (-23 000), et l’ADP publié mercredi n’a fait état que de 38 000 emplois privés créés en août, dont -17 000 dans le manufacturing. De l’autre, l’inflation PCE reste obstinément au-dessus de 3,5 %, et le pétrole, même en reflux, évolue 15 à 20 dollars au-dessus de ses niveaux d’avant-crise. La singularité du moment tient à ceci : le bitcoin rebondit de 5 % alors même que les rendements longs restent proches de 4,8 % et que le dollar ne faiblit guère — un mélange qui, il y a quelques semaines encore, aurait plombé tout actif risqué.

ETF : l’argent revient vers le bitcoin, et lui seul

Les flux des ETF spot racontent la même histoire de rotation. Les données publiées jeudi matin font état d’environ 101 millions de dollars de collecte nette sur les ETF bitcoin américains (CoinDesk, repris par WalletInvestor), portés par le seul IBIT de BlackRock (+115 M$), après la sortie de 236 M$ enregistrée mardi — la plus forte depuis le 31 juillet. Pendant ce temps, les fonds ether ont perdu 48 M$, mettant fin à douze séances consécutives de souscriptions qui avaient cumulé 1,62 milliard de dollars, et les produits Solana et XRP sont également repassés dans le rouge, coupant une série de onze séances pour ce dernier. Le message des investisseurs institutionnels est net : en période d’incertitude macroéconomique, l’exposition crypto se concentre sur le bitcoin.

La prudence reste toutefois de mise. D’après Glassnode, environ 68 % de l’offre en circulation était déjà en situation de profit avant ce franchissement des 80 000 $ — soit environ 600 000 BTC acquis sous les cours actuels, une réserve potentielle de prises de bénéfices que le marché devra absorber s’il veut prolonger le mouvement vers 83 000-86 000 $, la bande de coût de détention des détenteurs long terme.

Les marchés de prédiction ont viré de bord en 24 heures

Le changement d’anticipation se lit aussi sur les marchés de prédiction, dont les contrats bitcoin sont devenus, ces derniers mois, un baromètre suivi par les traders (données indicatives, pas un conseil d’investissement). En 24 heures, la probabilité d’un bitcoin au-dessus de 78 000 $ jeudi soir est passée de 32 % à 94,5 % ; celle d’un bitcoin au-dessus de 80 000 $ de 8 % à 68,5 % pour jeudi, et à 65,5 % pour vendredi. Autrement dit : le scénario qui paraissait quasi exclu mercredi — effacer le « choc Iran » en deux séances — est devenu le scénario central. La volatilité des cotations sur 24 heures dit aussi l’état de nerfs du marché : ces contrats ont été secoués dans les deux sens depuis le discours de Jackson Hole.

Le test de vendredi, puis la semaine du 15 septembre

Le mouvement reste suspendu à une date : le rapport sur l’emploi américain d’août, publié vendredi 4 septembre. Un chiffre faible — sous le consensus d’environ 100 000 créations — affaiblirait encore la thèse de la hausse de taux et pourrait pousser le bitcoin vers ses plus hauts ; un chiffre robuste ferait l’inverse. Suivront le CPI le 11 septembre, puis une semaine charnière du 15 au 16 septembre, où se télescoperont la décision de la Fed et le vote de procédure du Sénat sur le CLARITY Act, le texte de régulation crypto américain. Pour l’Europe, l’enjeu est d’abord énergétique : un apaisement du conflit ferait refluer un Brent qui pèse encore directement sur la facture d’importation et sur l’inflation importée de la zone euro. Le bitcoin, lui, joue désormais chaque rendez-vous de ce calendrier macro comme un actif de liquidité globale — avec la volatilité que cela implique.