CLARITY Act : Thune dépose la motion de procédure avant la pause — un premier vote possible dès le 15 septembre

En résumé : Le Sénat américain a officiellement renoncé à voter le CLARITY Act avant la pause d'août — mais John Thune a fait le geste que personne n'attendait : il a déposé la motion de procédure sur le texte dans la nuit de vendredi à samedi, à l'issue d'une session de vote marathon. Le premier vote de procédure (cloture) pourrait ainsi intervenir dès le 15 septembre, deuxième jour de la session. Les marchés de prédiction ont réagi : la probabilité d'une promulgation en 2026 est remontée à environ 22 %, contre 13,5 % la veille. Restent trois contentieux à régler, dont la clause d'éthique qui bloque à la Maison Blanche, et l'arithmétique impitoyable des 60 voix.

Vendredi soir, le feuilleton semblait terminé : le Sénat partait en pause d’août sans avoir voté le CLARITY Act (H.R. 3633), et John Thune, le leader de la majorité, promettait seulement de « s’en occuper dès le retour ». Samedi à l’aube, le feuilleton a rebondi. À l’issue d’une session de vote qui a duré une partie de la nuit — consacrée au financement du gouvernement fédéral, aux sanctions contre la Russie et à des nominations —, le leader de la majorité a déposé la motion de procédure (motion to proceed) sur le texte de structure du marché crypto, ouvrant officiellement le processus de cloture. Selon CoinDesk, c’est l’avancée procédurale la plus loin jamais atteinte par le CLARITY Act au Sénat. Sans ce geste, le texte aurait probablement été déclaré mort pour 2026.

« Cloture sur la motion de procédure » : ce qui s’est passé samedi à l’aube

Le dépôt a été lu à la tribune par le greffier du Sénat : « Nous, sénateurs soussignés, proposons de clore le débat sur la motion de procédure relative au numéro 423 du calendrier, [H.R.] 3633, une loi prévoyant un système de régulation de l’offre et de la vente de matières premières numériques par la SEC et la CFTC. » La formulation est aride, mais le signal est clair : la majorité républicaine a décidé de ne pas laisser le dossier s’éteindre dans l’urne de l’été.

Le calendrier est désormais verrouillé. Le Sénat reprend ses travaux le 14 septembre et dispose d’environ trois semaines de séance avant que le Congrès ne se tourne entièrement vers les élections de mi-mandat. Thune ayant déposé sa motion avant le départ des sénateurs, le premier vote de procédure peut intervenir dès le deuxième jour de la session, mardi 15 septembre — ou mercredi 16 si le dépôt n’est pas formellement enregistré à temps. Des staffers du Sénat et de l’industrie ont confié à CoinDesk vendredi que, d’un strict point de vue procédural, quelques jours de séance suffiraient pour mener le texte au bout du processus, à condition qu’un accord politique soit trouvé entre-temps.

Trois contentieux à régler avant la rentrée

Le dépôt de la motion ne règle rien des désaccords de fond. Trois sujets restent ouverts, et les négociateurs ont exactement cinq semaines pour les solder :

  • La clause d’éthique, le point le plus sensible : le texte interdit aux hauts responsables gouvernementaux — y compris le président Donald Trump — de soutenir des projets crypto. Une proposition de compromis bipartite, rédigée par un binôme de sénateurs démocrate et républicain, attend une réponse de la Maison Blanche depuis plus d’une semaine. Selon CoinDesk, Trump devrait vraisemblablement donner son aval pour que le texte puisse avancer en version bipartisan.
  • Les protections contre le financement illicite, dont les modalités précises font toujours débat entre les négociateurs.
  • Les rendements des stablecoins (rewards et intérêts), un sujet qui cristallise l’opposition des régulateurs bancaires et divise les démocrates.

Aucun de ces trois dossiers n’est insurmontable, mais leur accumulation rend illusoire un accord « silencieux » : le compromis devra être public, et donc assumé par chacun des camps à six semaines des élections.

L’arithmétique des 60 voix, ou la vraie montagne

Le passage d’une cloture exige 60 voix au Sénat, où les républicains ne disposent que d’une majorité relative. Concrètement, le CLARITY Act a besoin du ralliement d’au moins une dizaine de démocrates — et ce soutien est aujourd’hui en doute. Les sénateurs démocrates les plus impliqués dans le dossier ont durci leur position précisément sur la clause d’éthique, estimant que l’interdiction visant le président n’allait pas assez loin ou, à l’inverse, qu’elle était inapplicable.

CoinDesk décrit deux scénarios pour le premier test de septembre. Soit les négociations aboutissent à un accord préalable qui convainc un bloc de démocrates de monter à bord : le texte file alors vers un vote final, et la fenêtre de trois semaines suffit. Soit le vote de procédure devient un exercice politique destiné à forcer les réticents à officialiser leur opposition : le CLARITY Act se transforme alors en champ de bataille électoral, et les comités d’action politique du secteur, à commencer par Fairshake, orienteront leurs dépenses de campagne en fonction des votes enregistrés. Dans ce second scénario, une promulgation en 2026 est jugée très improbable — et l’an prochain, un nouveau Congrès, potentiellement contrôlé par les démocrates dans au moins une chambre, contraindrait l’industrie à repartir de zéro.

Le marché n’a pas attendu : Bitcoin tient 65 000 $, les paris remontent

Les marchés de prédiction ont immédiatement intégré le rebond procédural. La probabilité d’une promulgation du CLARITY Act en 2026, tombée à 13,5 % vendredi après l’annonce du report, est remontée à environ 22-23 % samedi, sur un volume de 251 000 $ échangés en 24 heures et un intérêt ouvert de 2 millions de dollars. Le mouvement reflète moins un optimisme soudain qu’une réalité mécanique : un texte qui n’a plus aucune chance de passer avant septembre n’en avait presque plus aucune en 2026 ; un texte dont la procédure est officiellement ouverte en a retrouvé une.

Côté Bitcoin, le marché reste calme et ferme. Le BTC s’échange autour de 65 000 $ (65 029 $ au moment de la rédaction, +0,47 % sur 24 heures, selon CoinDesk), et les marchés de prédiction donnent désormais 97,5 % de chances à un BTC au-dessus de 64 000 $ le 9 août, contre 76,5 % il y a 24 heures — une variation de 21 points qui illustre l’ancrage du support. Le plafond, en revanche, tient : la probabilité d’un passage au-dessus de 66 000 $ le 9 août reste limitée à 6,2 %, et à 17 % le lendemain. Ce contexte de consolidation s’appuie sur des flux toujours positifs : les baleines ont accumulé l’équivalent de 1,2 milliard de dollars en BTC depuis le 29 juillet, et les ETF spot ont enregistré 754 millions de dollars d’entrées nettes la semaine passée, leur meilleure performance depuis avril.

Les prochaines échéances à surveiller

Le dossier entre dans une phase de négociation intense, mais les points de contrôle sont désormais identifiables :

  1. D’ici la mi-septembre : la réponse de la Maison Blanche sur la clause d’éthique, et la position publique des sénateurs démocrates clés (à commencer par ceux qui ont participé aux négociations).
  2. Mardi 15 septembre : premier vote de procédure possible, soit dès le retour des sénateurs.
  3. Les trois semaines suivantes : fenêtre de séance maximale, avant que le Congrès ne bascule dans la campagne des midterms — et que le CLARITY Act, s’il n’est pas voté, ne rejoigne la longue liste des textes dont l’échéance réelle est 2027.

Pour l’industrie, le message du week-end tient en une phrase : le CLARITY Act n’est plus dans une impasse, il est dans une course. Une course de cinq semaines, contre la montre et contre l’arithmétique du Sénat — mais une course, précisément, qu’il aurait été déclaré avoir perdue il y a encore 48 heures.