CLARITY Act : Armstrong promet un vote le 15 septembre, mais la SEC et la CFTC tournent à vide

En résumé : Le PDG de Coinbase Brian Armstrong assure que le CLARITY Act « approche d'un vote critique » : le texte serait soumis au Sénat le 15 septembre, 24 heures avant la décision de la Fed sur les taux. Mais les postes de commissaires vacants à la SEC et à la CFTC — aucune personnalité démocrate en poste dans les deux agences — menacent la dynamique, au moment où Bitcoin repasse au-dessus de 79 000 $ et où les ETF spot digèrent leur première sortie nette en dix jours.

Il y a deux semaines, le CLARITY Act ressemblait à un texte avec une date mais pas de destin : la motion de procédure déposée par John Thune, le Sénat en pause pour un mois, et la grande espérance législative du secteur rangée jusqu’à la mi-septembre. Cette semaine, les pièces se sont remises en mouvement. Le PDG de Coinbase Brian Armstrong affirme que Donald Trump a « récemment réuni des acteurs de l’industrie et des régulateurs » pour faire avancer le texte — et il s’attend à un vote au Sénat le 15 septembre. Reste un point d’interrogation de taille : avec une SEC et une CFTC qui tournent à vide, faute de commissaires démocrates en poste, la machine politique censée produire la première loi crypto américaine d’ampleur fédérale fonctionne à l’économie. Et pendant ce temps, le marché a voté : Bitcoin a repris le seuil des 79 000 $ ce week-end, moins de 48 heures après le plongeon provoqué par le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole.

« Nearing a critical vote » : ce qu’Armstrong a réellement dit

Invité le 26 août du podcast de Katie Miller — propos relayés cette semaine par Benzinga et TradingView —, Armstrong a livré sa déclaration publique la plus concrète à ce jour sur la trajectoire du texte. Trump a « récemment réuni des acteurs de l’industrie et des régulateurs » pour faire avancer le CLARITY Act, et le patron de Coinbase s’attend à ce que la législation soit soumise au vote le 15 septembre. Son propos était volontairement large : le texte établirait des règles de marché claires pour la crypto et — point crucial pour une industrie qui a vécu quatre ans de revirements réglementaires — rendrait le cadre « plus durable d’une administration à l’autre ».

Le reste de l’interview relève de la vision d’entrepreneur. Armstrong a récusé l’idée que la crypto reste « avant tout un mouvement bitcoin ou libertarien », qualifiant Bitcoin de « digital gold » tout en pointant l’expansion de la blockchain vers les paiements, le crédit, les marchés de prédiction et la tokenisation d’actifs du monde réel. « Les actions sont en train d’être tokenisées », a-t-il noté, en citant les fonds d’investissement qui migrent on-chain. Il a aussi annoncé la couleur sur la finance agentique comme prochain catalyseur d’adoption : un monde avec plus d’agents IA que d’humains aura besoin d’un rail financier adapté aux paiements machine-à-machine, de faible valeur et en temps réel. « Il nous faut un nouveau système financier pour eux », a-t-il plaidé — « c’est tout un autre chantier que la crypto va résoudre ». Coinbase, a-t-il ajouté, expérimente déjà des outils pilotés par IA comme Coinbase Advisor, et il plaide pour une régulation de l’IA au contraire légère, alors même que la crypto obtiendrait des règles plus claires. Rien de tout cela ne change l’arithmétique du vote, mais cela explique pourquoi Coinbase traite le CLARITY Act comme existentiel : des règles claires aujourd’hui, un régime durable demain, et une économie tokenisée pour grandir dedans.

Le calendrier se tend : retour lundi, vote mardi, Fed mercredi

L’échéancier législatif est désormais entièrement chargé. Le Sénat revient de sa pause estivale lundi 14 septembre. Le lendemain, à 14 h 15 (heure de l’Est), mardi 15 septembre, la chambre doit voter sur la motion de clôture (cloture) de Thune portant sur la motion de procédure (motion to proceed) du H.R. 3633 — la porte procédurale qui ouvre ou ferme le débat sur le Digital Asset Market Clarity Act. La clôture exige 60 voix, un seuil que les promoteurs du texte n’ont jamais publiquement affirmé avoir atteint. La commission bancaire du Sénat avait validé le texte 15-9 en mai, avec les 13 républicains et seulement deux démocrates — lesquels avaient explicitement prévenu que leur vote en commission ne garantissait pas un vote favorable en séance. À la Chambre, la version du texte était passée 294-134 en juillet 2025.

Puis vient la complication que le calendrier politique ne peut pas éviter : 24 heures après le vote du Sénat, la Réserve fédérale décide de ses taux. La réunion du FOMC du 16 septembre intègre désormais 62 % de probabilité de hausse des taux (CME FedWatch), après le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole qui a enterré le forward guidance et ravivé le combat contre l’inflation. Les deux événements les plus décisifs de l’automne crypto — le vote sur la structure de marché et la décision monétaire — tombent donc dos à dos. Le sommet du 19 août à la Maison Blanche, où Trump avait exhorté le Congrès à produire une « version équitable » du CLARITY Act, apparaît rétrospectivement comme le prologue d’un sprint de deux semaines, pas comme un événement isolé.

Le nouveau problème : personne à la SEC ni à la CFTC

La même semaine a produit un obstacle inédit, signalé par Forbes le 28 août : les vacances de postes à la SEC et à la CFTC se creusent, sans aucun commissaire démocrate en fonction dans les deux agences — ce qui pose la question de l’autorité réglementaire si le vote de clôture échoue. La querelle relève du jeu de blâme washingtonien classique, mais avec des conséquences réelles : les responsables de la Maison Blanche affirment avoir demandé aux dirigeants du Sénat des noms de candidats démocrates pour les deux agences, sans recevoir de réponse. Les démocrates du Sénat rétorquent que l’absence de commissaires affaiblit précisément les agences appelées à façonner les règles des actifs numériques pour des décennies.

La vacance à la CFTC pèse d’autant plus que le CLARITY Act confierait à l’agence une autorité étendue sur les marchés spot des commodities numériques — le cœur du nouveau régime. Le chef de la minorité Chuck Schumer a envoyé des noms de candidats à la Maison Blanche fin juillet, rapporte Cryptotimes, mais les sièges restent vides. Blockonomi indique que les discussions au Sénat emballent désormais nominations, langage éthique, règles DeFi et calendrier du texte dans une seule négociation. L’ironie est épaisse : le président de la CFTC Michael Selig a déjà mis son personnel en demeure, en août, de rédiger des règles si le CLARITY Act échoue — autrement dit, les deux camps se battent pour savoir qui écrira les règles, avec ou sans loi.

Bitcoin a déjà voté : 79 000 $ repris, les ETF retiennent leur souffle

Pendant que Washington s’écharpe, le marché s’est stabilisé. Bitcoin s’échangeait autour de 79 300 $ dimanche après-midi (+1,6 % sur 24 heures), au-dessus du seuil des 79 000 $, après être descendu à 76 853 $ vendredi — un aller-retour de près de 6 % en 48 heures qui s’est achevé sur la défense de la zone 76 000-77 000 $, exactement comme les traders d’options l’avaient cartographiée. Le rebond a eu lieu malgré un repli institutionnel notable : les ETF spot américains ont enregistré une sortie nette de 201,8 millions de dollars vendredi (données TFTC), interrompant une série de neuf jours d’entrées cumulant environ 3 milliards. Le cumul d’août reste solidement positif, autour de +3,3 milliards, et l’actif total des ETF atteint 97,6 milliards de dollars. Le fait que le prix se soit repris pendant que l’argent américain des ETF sortait suggère des achats venus d’autres coins du marché — mais la liquidité du week-end est mince, et le vrai test sera le tape ETF de lundi.

Les marchés de prédiction, paniqués vendredi, ont reconstruit leurs livres samedi et dimanche. La probabilité implicite de Bitcoin au-dessus de 79 000 $ au 30 août est passée de 19 % à environ 100 % en 24 heures ; celle de 79 200 $ est cotée à 99,5 % ; le seuil de 76 800 $ à 100 %. Le plancher de 70 000 $ au 31 août est à 100 %, celui de 74 000 $ à 99,7 %. Le message est clair : le marché traite le plongeon de vendredi comme un choc monétaire lié à la Fed, pas comme un changement de régime — du moins pour l’instant.

Ce que ça change pour l’Europe

Le contraste mérite d’être souligné pour le lecteur européen. L’Union européenne dispose déjà de son cadre MiCA, en vigueur depuis 2024-2025, avec le paquet MiCA 2.0 en préparation sur les prêts crypto et la DeFi. Mais si le CLARITY Act passe, les États-Unis deviennent la première grande juridiction à combiner au niveau fédéral le statut des actifs numériques (CFTC pour les commodities, SEC pour les titres), les règles de marché et la protection des consommateurs — l’avantage réglementaire européen s’érode d’un coup. Les émetteurs de stablecoins et les plateformes pourraient regarder New York d’un autre œil, et les fonds européens y verraient un cadre enfin lisible pour investir. Si le vote échoue en revanche, ce sont des agences à moitié vides qui écriront les règles, avec une incertitude qui s’étirera jusqu’aux élections de mi-mandat de novembre — et l’Europe conservera son avance. Quoi qu’il arrive, la semaine du 14 septembre mérite une place de choix dans le calendrier des investisseurs français : le vote du Sénat et le FOMC se jouent en 48 heures, avec des implications directes sur le dollar, les ETF et le prix du bitcoin.

Ce qu’il faut surveiller

Les deux prochaines semaines compressent une année de politique en quelques séances. Le 14 septembre, surveillez le retour du Sénat et tout accord Schumer-Maison Blanche sur les nominations à la SEC et à la CFTC — un compromis lèverait l’objection la plus fraîche. Le 15 septembre à 14 h 15 (heure de l’Est), le vote de clôture : 60 voix favorables ouvrent le débat ; en deçà, le texte bascule vers la voie réglementaire parallèle de la CFTC. Le 16 septembre, le FOMC : une hausse testerait le plancher des 76 000 $ que les marchés traitent comme quasi certain, un statu quo prolongerait le rally de liquidité qui a porté Bitcoin de 62 800 $ à 81 265 $ ce mois-ci. Si la clôture passe, le combat se déplace vers les amendements — règles DeFi et langage éthique sont déjà dans la négociation — et le calendrier se resserre vers les midterms. Si elle échoue, l’Amérique obtient son régime crypto par le biais des manuels des agences plutôt que par la loi. Dans les deux cas, les dix-sept prochains jours diront aux investisseurs — américains comme européens — si leur industrie aura une loi, ou un patchwork.

Sources : Benzinga / TradingView (Armstrong au podcast de Katie Miller, 26 août), Forbes (28 août), Blockonomi, The Block, Cryptotimes (28 juillet), Fox Business (19 août), données de flux ETF TFTC, données de marché CoinDesk et CoinGecko, CME FedWatch. Les probabilités issues des marchés de prédiction sont des données de marché indicatives, pas des prévisions financières. Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.