Bitcoin : les ETF reviennent, mais le marché doit encore passer le test de l’emploi américain
Bitcoin a repris de la hauteur au moment précis où le marché devait absorber deux signaux contradictoires. D’un côté, les ETF Bitcoin au comptant américains ont enregistré 102,7 millions de dollars d’entrées nettes le 1er octobre, après une séance de sorties. De l’autre, la Réserve fédérale maintient ses taux dans une zone restrictive et le rapport sur l’emploi américain publié ce 2 octobre apporte un signal de ralentissement.
Pour un lecteur européen, l’enjeu dépasse la variation d’une journée. Les ETF sont devenus une porte d’accès importante pour les allocations institutionnelles américaines, tandis que les données de l’emploi influencent directement les anticipations de taux, le dollar et les rendements obligataires. Le rebond de Bitcoin doit donc encore démontrer qu’il repose sur une demande au comptant suffisamment large, et pas seulement sur le rachat de positions vendeuses.
102,7 millions de dollars d’entrées, mais une séance très concentrée
Les données de Farside Investors montrent un retour des flux positifs vers les ETF Bitcoin au comptant cotés aux États-Unis. Le total atteint 102,7 millions de dollars pour la séance du 1er octobre. Ce chiffre ne signifie toutefois pas que tous les fonds ont bénéficié du mouvement.
Le fonds IBIT de BlackRock a enregistré 195,6 millions de dollars d’entrées. Ces achats ont plus que compensé les sorties de 60,7 millions de dollars du FBTC de Fidelity, de 31,4 millions du GBTC de Grayscale, de 7,7 millions de l’ARKB et de 6,9 millions du BITB. D’autres produits ont aussi connu des retraits plus modestes. La lecture utile est donc double : la demande est revenue au niveau agrégé, mais elle reste concentrée sur un véhicule dominant.
Cette concentration est importante pour interpréter la solidité du mouvement. Une seule séance positive ne prouve pas le retour d’un flux régulier. Elle indique cependant que la baisse précédente n’a pas déclenché une sortie uniforme des investisseurs utilisant les marchés réglementés. Il faudra observer plusieurs séances et la répartition entre fonds avant de parler de tendance durable.
Le marché du travail change la question posée à la Fed
Le Bureau of Labor Statistics a publié le rapport sur l’emploi de septembre le 2 octobre. Les créations d’emplois non agricoles ont augmenté de 29 000, un rythme inférieur aux attentes mentionnées avant la publication. Le taux de chômage est monté à 4,2 %, tandis que les révisions des deux mois précédents ont retiré 60 000 emplois au total.
Ce ralentissement peut soutenir l’idée d’une Fed moins pressée de relever encore ses taux. Mais il ne constitue pas automatiquement un signal positif pour Bitcoin. Un marché du travail qui se détériore peut aussi nourrir la crainte d’un ralentissement économique plus sérieux et provoquer une réduction du risque dans les portefeuilles. La réaction dépendra donc de l’équilibre entre une inflation encore élevée et une activité qui perd de la vitesse.
Le dernier communiqué du Federal Open Market Committee, publié le 16 septembre, a relevé la fourchette cible des fed funds de 25 points de base, à 3,75 %-4 %. La Fed indiquait alors que l’inflation restait élevée et que l’activité économique progressait à un rythme solide. Le rapport de septembre oblige les marchés à réévaluer cette description, sans effacer les données d’inflation déjà connues.
Pourquoi les rendements obligataires restent le filtre principal
Bitcoin ne verse pas de coupon et ne représente pas une créance sur un émetteur. Lorsque les rendements des obligations d’État augmentent, le coût d’opportunité de détenir un actif sans flux de trésorerie devient plus visible. Pour cette raison, un rebond de Bitcoin accompagné de rendements élevés est plus exigeant à maintenir qu’un rebond soutenu par une détente des taux réels.
Le marché européen doit aussi intégrer l’effet du dollar. Une devise américaine forte peut peser sur les actifs risqués exprimés en dollars, tout en modifiant le rendement observé par un investisseur qui raisonne en euros. La trajectoire du taux de change, des Treasury à dix ans et des anticipations de la prochaine réunion de la Fed compte donc autant que le chiffre quotidien du prix de Bitcoin.
Le signal ETF apporte une information différente : il mesure une demande via un produit financier précis, alors que les rendements décrivent le prix du financement et la rémunération des actifs sûrs. Les deux peuvent évoluer dans le même sens pendant quelques jours, mais leur divergence devient un risque si les achats d’ETF ralentissent alors que les rendements restent élevés.
Le rôle des liquidations : accélérateur, pas preuve d’accumulation
Le passage de Bitcoin au-dessus de 86 000 dollars a également été accompagné de liquidations de positions vendeuses sur les marchés dérivés. Lorsqu’une position à effet de levier est forcée de se fermer, l’opération peut ajouter des achats au mouvement déjà engagé. Cette mécanique explique pourquoi une hausse peut s’accélérer rapidement.
Elle ne permet pas de conclure que de nouveaux investisseurs acquièrent durablement du Bitcoin. Pour établir cette distinction, il faut suivre les flux ETF sur plusieurs séances, les volumes au comptant, l’intérêt ouvert des contrats à terme et les indicateurs de demande sur les plateformes. Une hausse principalement alimentée par des rachats de shorts peut perdre de la vitesse lorsque ces positions ont disparu.
Les marchés de prédiction consultés par CryptoDesk donnent un autre repère, mais pas une validation indépendante. Les contrats portant sur un Bitcoin supérieur à 84 000 dollars le 3 octobre sont passés de 68,5 % à 91,8 % en 24 heures dans les données observées. La probabilité est indicative, le volume de ces marchés est limité et elle reflète le prix d’un contrat, pas une prévision certaine.
Les niveaux à surveiller en Europe
La première question est celle du maintien au-dessus de 85 000-86 000 dollars après la publication de l’emploi. Un retour rapide sous cette zone réduirait la portée du franchissement. La deuxième concerne les flux : une nouvelle séance positive, répartie entre plusieurs ETF, fournirait un signal plus robuste que le seul total du 1er octobre. La troisième porte sur les taux américains : une baisse des rendements pourrait soutenir les actifs risqués, mais une hausse liée à une inflation persistante aurait l’effet inverse.
Il faut également éviter de transformer le calendrier saisonnier d’octobre en argument. Les performances historiques d’un mois ne prédisent pas le résultat d’une année donnée. Les données de l’emploi, l’inflation, les décisions de la Fed et les flux effectivement observés sont plus informatifs qu’un surnom de marché.
Le tableau est donc constructif sur un point précis : les véhicules ETF ont retrouvé des entrées nettes après une séance négative. Il reste incomplet sur la qualité de la demande et sur le contexte macroéconomique. Pour les lecteurs français, la conséquence pratique est simple : le mouvement de Bitcoin est de nouveau sensible à la combinaison flux ETF-taux-dollar, et non à un récit isolé de reprise. La confirmation devra venir de données répétées, pas d’une seule bougie verte.
Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont volatils et comportent un risque de perte partielle ou totale du capital.