Bitcoin a touché 87 000 $ avant de refluer : les ETF achètent-ils vraiment le mouvement ?
Le scénario semblait presque trop simple. Un marché du travail américain qui ralentit, des investisseurs qui réduisent leurs paris sur une nouvelle hausse des taux de la Réserve fédérale et des ETF Bitcoin qui recommencent à attirer des capitaux : trois éléments généralement favorables à un actif risqué. Pourtant, le mouvement observé au début du mois d’octobre raconte une histoire moins confortable. Bitcoin a bien franchi brièvement 87 000 dollars, mais il est revenu vers 84 500 à 85 000 dollars après une vague de liquidations. La hausse a existé ; sa qualité reste à démontrer.
Le marché de l’emploi change la lecture de la Fed
L’économie américaine aurait créé seulement 29 000 emplois en septembre, très loin des quelque 84 000 attendus selon les données de marché rapportées après la publication. Le taux de chômage est remonté à 4,2 %. Les révisions des deux mois précédents ont également retiré environ 60 000 emplois aux estimations initiales.
Pour les marchés, ce n’est pas un détail statistique. Une économie qui embauche moins vite réduit la pression pour maintenir une politique monétaire restrictive. Les contrats suivis par CME FedWatch ont ainsi fortement réduit la probabilité attribuée à une hausse des taux lors de la réunion d’octobre : elle est passée d’environ 70 % en début de semaine à près de 13-14 % après le rapport, selon les relevés cités par plusieurs médias spécialisés.
Cette réaction ne signifie pas que la Fed va automatiquement baisser ses taux, ni que Bitcoin doit monter. Elle modifie plutôt le coût d’opportunité : si les rendements obligataires anticipés deviennent moins menaçants, les actifs volatils peuvent retrouver de l’intérêt. C’est une différence importante entre un facteur de soutien et un signal d’achat. Le premier rend un scénario plus plausible ; il ne garantit pas son issue.
102,7 millions de dollars dans les ETF, mais un moteur très concentré
Les ETF spot Bitcoin cotés aux États-Unis ont attiré 102,7 millions de dollars nets le 1er octobre, après une sortie de 148,7 millions la veille. À première vue, le retour dans le vert confirme un regain de demande institutionnelle. Les chiffres détaillés appellent toutefois à la prudence : IBIT, le fonds de BlackRock, aurait attiré 195,6 millions de dollars à lui seul, tandis que FBTC de Fidelity aurait enregistré une sortie de 60,7 millions et GBTC de Grayscale une sortie de 31,4 millions.
Autrement dit, le total agrégé ne correspond pas à un achat uniforme de Bitcoin par l’ensemble du secteur. Il reflète un arbitrage entre produits, avec un émetteur qui compense largement les retraits des autres. Cette distinction est utile pour comprendre le marché européen également : lorsqu’un titre parle d’entrées dans les ETF, il faut vérifier si la demande est répartie entre plusieurs véhicules ou portée par un seul fonds.
Le trimestre précédent fournit un contexte plus constructif. Les ETF spot américains auraient cumulé environ 6,34 milliards de dollars d’entrées nettes au troisième trimestre, dont 2,65 milliards en septembre. Mais un trimestre solide n’efface pas la question de la séquence actuelle. Pour confirmer qu’il ne s’agit pas seulement d’un rééquilibrage de fin de trimestre, il faudra plusieurs séances consécutives d’entrées et une participation plus large des fonds.
433 millions de dollars liquidés : le prix n’a pas suffi
Le passage par 87 000 dollars a été suivi d’une purge des positions à effet de levier. Les données de marché citées par CoinGlass font état d’environ 433 millions de dollars de liquidations le 3 octobre, dont 321,8 millions — 74,2 % — concerneraient des positions longues.
Ce chiffre ne dit pas que Bitcoin est devenu baissier. Il montre plutôt que de nombreux opérateurs avaient acheté le mouvement avec une marge d’erreur faible. Quand le cours repart dans l’autre direction, les liquidations forcées accélèrent la baisse et donnent l’impression qu’un changement fondamental vient de se produire. Il peut n’y avoir, au départ, qu’un excès de levier.
Un autre indicateur mérite attention : le taux moyen de financement des contrats perpétuels serait resté proche de zéro, à -0,0001 % le 3 octobre, alors que l’intérêt ouvert du marché des dérivés atteignait environ 53,4 milliards de dollars. Cela suggère que la hausse n’a pas été accompagnée d’un emballement évident du financement des positions longues. C’est moins euphorique qu’une montée alimentée par un levier croissant, mais cela signifie aussi que le marché n’a pas encore mobilisé une nouvelle vague de conviction.
Les données on-chain ne valident pas encore le franchissement
Les flux vers les plateformes donnent un indice supplémentaire. Sur sept jours, les réserves observées sur les exchanges auraient diminué en moyenne de 721,86 BTC par jour, et de 746,63 BTC par jour sur trente jours. Cette tendance peut correspondre à des retraits vers la conservation longue, à des mouvements internes ou à des changements de prestataire : elle ne constitue donc pas, à elle seule, une preuve d’accumulation.
Le détail intéressant est le retour ponctuel d’environ 39,74 BTC vers les plateformes le 2 octobre, au moment où le prix testait les sommets de la séance. Le montant est modeste face aux volumes mondiaux. Le calendrier, lui, mérite d’être surveillé : les dépôts sur les exchanges peuvent précéder une vente, mais ils peuvent aussi simplement traduire une préparation opérationnelle. L’on-chain aide à poser des questions ; il ne fournit pas toujours la réponse.
Les marchés de prévision suivis par CryptoDesk indiquent par ailleurs une forte confiance dans le maintien de Bitcoin au-dessus de 84 000 dollars à très court terme, avec des probabilités qui ont progressé sur plusieurs seuils. Ces probabilités sont indicatives et sensibles à la liquidité. Elles ne remplacent ni un carnet d’ordres ni une analyse du risque.
Le vrai test : les prochaines données, pas le premier rebond
Le calendrier va rapidement reprendre le dessus. L’inflation américaine de septembre doit fournir un nouveau test aux anticipations de taux le 14 octobre, avant la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre. Une inflation plus persistante pourrait faire remonter les rendements et réduire le soutien apporté aux actifs risqués. À l’inverse, une désinflation confirmée, accompagnée d’entrées ETF régulières, donnerait davantage de substance au rebond.
Pour un lecteur européen, trois indicateurs sont donc plus utiles que le seul chiffre affiché sur l’écran : la persistance des flux ETF, leur répartition entre émetteurs et l’évolution du levier sur les dérivés. Le franchissement de 87 000 dollars a attiré l’attention, mais il n’a pas encore établi une nouvelle base de marché.
Bitcoin bénéficie aujourd’hui d’un vent macroéconomique moins défavorable et d’une demande ETF redevenue positive. En revanche, la concentration des flux, la liquidation massive de positions longues et le reflux rapide du prix empêchent de parler de confirmation. La prochaine hausse sera plus crédible si elle s’accompagne d’achats plus larges, de volumes au comptant et d’un levier qui reste contenu. Ce sont ces éléments, plutôt qu’un seuil isolé, qui permettront de distinguer un rebond tactique d’un mouvement durable.
Sources : Bureau of Labor Statistics (rapport sur l’emploi américain, septembre 2026) ; Federal Reserve, calendrier du FOMC ; SoSoValue et CoinGlass, données de flux ETF et de liquidations citées par Decrypt et Bitcoin Republic ; Glassnode Research, données de marché et on-chain. Les chiffres peuvent varier selon l’heure de collecte et le fournisseur. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil en investissement.